GAELLE REBELLE

« J’ai 37 ans. Je suis née à Soignies où j’ai fait mes études. Je suis partie du côté de Mons et j’ai fait les arts plastiques.
Ensuite, j’ai fait un an aux Beaux-arts. Et puis j’ai eu ma fille donc j’ai dû arrêter. J’ai fait de la couture. Et puis après j’ai déménagé dans un petit village au fin fond du namurois et là, j’ai eu mes autres enfants.
Je fais de la peinture. J’ai refait un cours du soir. J’ai arrêté. J’ai pris des cours d’informatique. J’ai fait de l’apiculture. Et à présent, je m’occupe de mes jardins. »

Créative et touche à tout, Gaëlle Rebelle, s’occupe de ses 3 enfants et de ses 4 jardins, et fait au mieux avec les moyens du bord.
Elle nous fait visiter son village et nous montre la galère des déplacements dans sa région, marquée par d’énormes problèmes de mobilité.
C’est le trottoir à côté de chez moi. Il est dans un état catastrophique. L’accotement n’a même pas de macadam. Donc, ça abime les maisons, parce qu’il y a des infiltrations d’eau.
La commune ne répare pas les routes. À mon avis, la commune n’est pas assez riche. Ça fait treize ans que j’habite là et ça n’a pas bougé d’un poil. Il y a des gens qui ont carrément refait eux-mêmes leur trottoir à la place de la ville, parce qu’ils en avaient marre !
Et alors il y en a un, ça c’était comique, il a refait son trottoir, mais ça déborde de 3 cm, donc, quand vous vous garez, la portière racle contre le trottoir ! Et encore ici ça va parce qu’on a un trottoir.
Mais il y a des endroits où tout d’un coup, il n’y a plus de trottoir et on se retrouve sur la route ou dans l’herbe. Si vous avez le malheur d’être vieux ou d’avoir une jambe cassée, pas de chance pour vous : pour aller à l’arrêt de bus, vous êtes obligés d’aller sur la route.
Je ne trouve pas ça normal. Si par exemple, on veut faire du vélo, on n’est pas protégé. Surtout quand il fait noir. Ils ont juste tout prévu pour les voitures. Pas pour les piétons ou les vélos.


C’est ma vieille voiture qui commence à rouiller. Si elle lâche… ça va poser plein de problèmes. Je devrais peut-être supprimer énormément de choses.
Beaucoup de gens ne sortent pas parce qu’ils n’ont pas de voiture ou parce qu’ils n’ont pas leur permis. Ils restent enfermés chez eux. Sans voiture ici c’est galère. Tout se fait en voiture. Il n’y a presque pas de transports en commun.
Il n’y a pas assez de bus. Et rien le soir. Et donc, il faut sans arrêt aller de gauche à droite. Tout est loin. Même pour aller chez le médecin, si on veut un bon spécialiste, il n’y a rien à faire, il faut aller en ville.
Et la ville la plus proche, c’est Charleroi qui se trouve à 60 km !


La gare. C’est ce que je vois derrière chez moi, de mon jardin. Je vois la gare qui est devenue touristique. Je vois les trains passer.
Et alors, je voulais montrer ça, le train. Et là, je voulais montrer la fumée. Dans le village, ça met de l’animation, sinon ce serait mort.


Le train à vapeur. Il y a écrit dessus « 1973-2013 » car c’était les 40 ans de la ligne. Il y a des gens qui viennent spécialement pour prendre ce train-là. Sinon, il n’y aurait rien ici.


Ma serre. J’ai des melons, j’en ai eu neuf cette année. Et aussi des potirons. Les poivrons, j'en ai des caisses et les courgettes, par contre, ça n’a pas trop bien donné en serre. Ça a mieux donné chez moi, elles ont poussé tout seul...
J’ai toujours jardiné chez moi quand j’étais jeune. Avant c’était les fleurs. Je coupais les rosiers, j’enlevais les mauvaises herbes du jardin. Je me suis lancée dans ma propriété, j’avais un magnifique jardin.
Après j’ai eu les enfants, donc j’ai dû arrêter parce que ce n’était plus possible. Après ils ont grandi, et j’ai connu les jardins communautaires créés par PAC. Je trouvais ça chouette de le faire à plusieurs que seul dans son coin.
On n’est pas tout seul face aux travaux lourds et on s’échange des conseils. Ici, il y a de tout public. On se fait des amis. On apprend l’un de l’autre. C’est vraiment enrichissant.


En fait, je m’occupe de quatre potagers. Chez moi et sur trois autres parcelles. [C’est l’idée de produire tes propres aliments ?] Oui, et pour la qualité aussi.
On fait très attention à ce qu’on mange, même si on n’a pas beaucoup d’argent, ça, ça reste une priorité. On achète que de la nourriture. On ne sait pas acheter beaucoup d’autres choses.
Mais on essaye d’avoir quelque chose de qualité. On va au boucher. On essaye de manger des légumes bios, du jardin. Parce que sinon on a des problèmes de santé. On n’a pas le choix, c’est ça ou être malade.


Mon frigo quand je le remplis. Là ça va mais parfois il n’est pas souvent plein. Quand c’est une famille de cinq, ça devrait être beaucoup plus rempli !
Et puis, en plus avec les trajets qu’on doit faire, il faudrait qu’il soit plus rempli. Pour faire les grosses courses en une fois et revenir. Ce serait bien d’avoir un plus gros frigo.


Mon châssis qui était en mauvais état et qu’on a réparé nous-mêmes. Et on l’a remis en couleur et tout.
Et je dois encore le remettre en couleur pour que ça tienne.


De l’humidité chez moi, parce qu’on n’a pas de hotte qui fonctionne bien et qu’on ne sait pas tout chauffer.
Parce que ça coûte trop cher. Alors on ne chauffe qu’une pièce. On perd en intimité.






Mon frigo pendant le dégivrage. J’aimerais bien en changer. Mais, comme je n’ai pas les moyens, ben voilà, je continue avec. Tout simplement.
Il est vraiment usé. Il est au bout du rouleau. Je continue à l’utiliser parce qu’il faut bien que je refroidisse ma nourriture. À moins que je la mette dehors. Mais, bon.




C’est le linge, la machine à laver. Je voulais montrer le travail quotidien que je fais. Les tâches ménagères chez moi. Trier le linge, puis après mettre dans la machine, puis laver.
Je n’ai qu’une machine à laver, j’en aurais bien voulu deux ! Vaisselle, lessives, cuisine. Et nettoyer la maison deux fois par semaine. Ce que font en général toutes les femmes.
Surtout celles qui ont des enfants. Je n’ai jamais compté mais ça représente beaucoup d’heures dans une semaine. Plusieurs heures par jours. On est 5 à la maison, moi mon mari et mes 3 enfants.
C’est mon mari qui cuisine, mais les légumes, les soupes, les salades, tout ça, c’est moi qui fait et la vaisselle aussi. On ne va pas au restaurant, on cuisine tous les jours donc on a beaucoup de vaisselle à faire.


Elle s’appelle Charlotte. Elle est géniale. C’est une chatte qui était abandonnée. Nous l’avons recueillie.
C’est une charge en plus mais, c’est elle qui a choisi sa maison… ça fait du bien je crois, pour l'affection des enfants et tout ça. On a aussi des hamsters. Alors, elle les chasse.


Ma fille aînée au cours de musique. Elle a fait pendant des années de la clarinette qu’elle a dû arrêter parce qu’elle est maintenant à Namur.
Mais, elle joue très bien. J’ai pris cette photo pour montrer ce à quoi je suis confrontée : faire toujours des trajets en voiture pour les conduire à leurs activités.
Parce que le soir, il n’y a pas de bus, il n’y a rien et que beaucoup d’activités se passent en soirée. Ici, tout se fait en voiture.


Une séance couture du mardi matin avec le PAC. Et là, je faisais une chemise. On peut soit venir avec des vêtements de chez soi, soit des vêtements qu’on a trouvés en seconde main, et on les transforme. C’est de la récup.
Ou bien on fait quelque chose avec du vieux tissu. C’est moins cher et puis on fait quelque chose d’original et d’unique. Ici dernièrement, j’ai fait un sac avec un tissu qu’on m’a donné.


Deux de mes enfants font leurs devoirs de vacances. Ils n’en ont pas tellement fait cet été. Mais, cette semaine-là, j’en avais fait quand même tous les jours.
Je leur faisais une dictée et du calcul écrit. Ils ont beaucoup de difficultés scolaires. Donc, du coup, je leur en demande un peu plus. C’est assez lourd parce que je dois beaucoup m’en occuper.
Ils sont passés par des difficultés d'attention. À l’école, il y a peu de choses qui sont mises en place pour les difficultés des enfants. C’est toujours les parents qui doivent par exemple payer des cours de logopédie.
Et vu les sous, et vu le gouvernement qui continue à nous pomper l’argent, la TVA qui augmente, l’eau qui augmente, toutes les charges qui augmentent : ça devient de plus en plus difficile.
Surtout pour des familles nombreuses. Surtout quand ce n’est pas remboursé.


Toutes les photos ont été prises par Gaëlle Rebelle

Propos recueillis par Aurélien Berthier et Hélène Freigneux