Ozark Henry : poète flamand charmeur et attachant

Photo : © Cooper Seykens

Ozark Hen­ry, alias Piet God­daer, est un artiste fla­mand mul­ti­fa­cette, très sin­gu­lier dans ses démarches musi­cales. Né à Cour­trai en 1970, d’un père com­po­si­teur Nor­bert God­daer, il fut bai­gné dans la musique clas­sique dès l’âge de 6 ans. À l’école de musique de Cour­trai, il s’essaie au pia­no et au saxo­phone. Voca­tion révé­lée : il a la musique en lui et elle ne la quit­te­ra désor­mais plus !

Aujourd’hui, cet auteur-com­po­si­teur-inter­prète compte à son pal­ma­rès pas moins de huit albums. Sa car­rière est deve­nue inter­na­tio­nale, depuis la sor­tie de son troi­sième album « Birth­marks » qui lui a fait prendre son envol. Ponc­tués de mélanges rock-arty, élec­tro et clas­sique, il pro­pose un chant rauque qui se perd à chaque fois dans le tour­ment des abysses. Ses com­po­si­tions sont émo­tion, luxe, calme et volup­té ! En effet, sa musique est vapo­reuse, sub­tile, sug­ges­tive, des tas d’images s’échappent de son uni­vers musi­cal aty­pique. Les ins­tru­men­ta­tions sont magis­trales, pen­sées, mesu­rées. Le lyrisme fait par­tie inté­grante de la musique d’Ozark Hen­ry. Il voue un véri­table culte à Joy Divi­sion. Et aus­si à William Bur­roughs à qui il a d’ailleurs emprun­té le per­son­nage d’Henry. En effet, afin de trou­ver un nom de groupe qui puisse res­sem­bler à un nom d’écrivain, il s’est ser­vi des livres de Bur­roughs et du per­son­nage récurent « Hen­ry », une sorte de spectre qui tra­verse tous les récits de ce der­nier et qui sym­bo­lise l’héroïne. Paral­lè­le­ment à sa quête d’un nom, il est aus­si tom­bé sur un vieux bou­quin de pho­tos qui met­tait en exergue une chaîne de mon­tagnes amé­ri­caine « Ozark ». Si bien que l’association des deux mots s’est faite natu­rel­le­ment et Ozark Hen­ry a donc pris nais­sance sur ces bases-là !

Ozark Hen­ry a une idée bien pré­cise de la Flandre et de ce que l’on en pense à l’extérieur. Elle n’est pas ce ter­ri­toire hos­tile au pro­grès, tel que Brel le décri­vait, tel qu’on per­siste à le cari­ca­tu­rer en Wal­lo­nie. Cour­trai se trouve à quelques kilo­mètres de Lille. Le dia­lecte local emprunte d’ailleurs des mots aux deux langues. On peut en quelques heures chan­ger tota­le­ment de culture, de cou­tume, en allant aus­si bien vers l’est que vers l’ouest, le sud ou le nord. La Flandre et la Wal­lo­nie sont com­plé­men­taires et non oppo­sées. En réa­li­té, d’où qu’elles viennent, toutes les formes de musique finissent par tran­si­ter par la Bel­gique, il n’y a aucune rai­son de se sen­tir iso­lés, per­dus dans un endroit où il ne se passe jamais rien. Les influences musi­cales et cultu­relles d’Ozark Hen­ry se trouvent autant par­mi les poètes néer­lan­dais que chez Oscar Wilde, Gains­bourg ou encore Tim Buck­ley, Beck ou Woo­dy Allen.

EN MODE SYMPHONIQUE

Insai­sis­sable, impré­vi­sible il a vou­lu tout natu­rel­le­ment se démar­quer par rap­port à ses habi­tudes musi­cales. Com­ment ? En se lan­çant une sorte de défi, de dépas­se­ment de lui-même. Se pro­duire sur scène entou­ré d’un orchestre sym­pho­nique. En mars de cette année, son rêve s’est concré­ti­sé. C’est donc l’Orchestre Natio­nal de Bel­gique (ONB) qui a accom­pa­gné l’artiste sur scène dans l’interprétation d’une petite ving­taine de titres emblé­ma­tiques. Pour Ozark, l’orchestre est l’instrument le plus riche qui puisse exis­ter. Il affec­tionne tout par­ti­cu­liè­re­ment la carte de visite de l’identité belge que véhi­cule l’ONB. Il recon­naît volon­tiers que celle-ci l’a beau­coup aidé à se faire connaître, recon­naître, res­pec­ter et appré­cier au-delà du plat pays qui est le sien.

Ozark Hen­ry a donc pré­sen­té « Para­mount » dans une salle comble, sa musique, ses chan­sons ont été com­plè­te­ment revi­si­tées. Timbre de voix contem­po­rain, har­mo­nies, tout a été pen­sé pour faire vivre au spec­ta­teur un moment magique. Il a inter­pré­té un album met­tant à la fois en pers­pec­tive son pas­sé, son pré­sent et son futur. Curio­si­té, ima­gi­na­tion, incer­ti­tudes étaient le fil conduc­teur, le rôle de com­po­si­tion de l’artiste durant ce concert. Il a offert à son public un voyage musi­cal dans la lumière et l’obscurité, l’acoustique et l’électronique. Il a notam­ment inter­pré­té le légen­daire « We can be heroes » de David Bowie.

Ozark Hen­ry aime l’éclectisme. Pro­ba­ble­ment un héri­tage de son réper­toire musi­cal qui n’est pas tour­né uni­que­ment vers la musique clas­sique, mais qui s’ouvre éga­le­ment au monde du jazz, du rock, de l’électro, du trip hop. Ozark est pas­sion­né par les aspects musi­caux qui peuvent lui per­mettre de mettre en situa­tion son his­toire fami­liale, sa tra­jec­toire de vie. L’émotion qu’il dégage est d’ordre phy­sique. On per­çoit qu’il est sou­cieux, atten­tif au bien-être du spec­ta­teur, de son public afin qu’il pro­fite au maxi­mum de sa musique.

Ozark Hen­ry a signé la bande sonore du long métrage du Belge Ste­phan Stre­ker « Le monde nous appar­tient ». En février 2014, il a d’ailleurs reçu le Magritte de la musique de film la plus ori­gi­nale. Il a éga­le­ment obte­nu le disque de pla­tine pour l’album « The Soft Machine » et un disque d’or pour son second album, « This Last Warm Soli­tude ». Enfin, il a décro­ché son cin­quième Zamu Award dans la caté­go­rie « Meilleur Artiste Pop Rock ».

Der­nier album :
Para­mount
Sony, 2015

www.ozarkhenry.com

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