Patrick Janssens

Changer la ville, garder ses habitants

Photo : André Delier

Patrick Jans­sens évoque amou­reu­se­ment sa ville, Anvers, dont il a été le bourg­mestre pen­dant 10 ans. Pas­sion­né d’art, d’architecture et de cultures, pro­gres­siste, il aborde ici les évo­lu­tions urbaines, le rap­port d’Anvers à Bruxelles mais aus­si ses envies et pro­jets à venir. Ren­contre.

Quand vous étiez Bourgmestre, y a une initiative que vous aviez plus particulièrement soutenue ?

Non, parce que je pense que dans le domaine spor­tif, cultu­rel ou social, le but c’est de déve­lop­per un pay­sage très riche. Certes, Il faut mul­ti­plier la diver­si­té artis­tique, mais il faut aus­si conser­ver des ini­tia­tives très proches des gens, moins éli­tistes et plus « par­ti­ci­pa­tion­nistes ». Cultu­rel­le­ment, beau­coup de choses ont chan­gé quand Anvers a été dési­gnée Capi­tale cultu­relle de l’Europe en 93. Je pense que lors de mon man­dat mayo­ral, nous avons appor­té des élé­ments com­plé­men­taires à la Culture, de l’ordre de la par­ti­ci­pa­tion citoyenne, une diver­si­té nou­velle.

Quel est le rapport de la ville d’Anvers vis-à-vis de Bruxelles ?

En tant qu’Anversois, d’une manière ou d’une autre, Bruxelles est quand même un peu l’ennemi. Plus per­son­nel­le­ment je regarde Bruxelles comme une ville avec une his­toire riche et un poten­tiel énorme. Si je devais me pro­non­cer sur Bruxelles, je dirais qu’il fau­drait plus de col­la­bo­ra­tion entre les 19 com­munes, une orga­ni­sa­tion cen­tra­li­sée des dif­fé­rents ser­vices com­mu­naux. Pour ce genre de choses, il faut une vision un peu plus prag­ma­tique qui n’est pas très idéo­lo­gique mais justes pra­ti­co-pra­tique.

Plus généralement, comment évoluent selon vous les dynamiques urbaines ?

La grande nou­velle depuis 2000, dans qua­si toutes les villes, c’est qu’elles voient leur popu­la­tion aug­men­ter. Il y a donc une néces­si­té de construire plus. Tous les endroits libres dans la ville seront un jour construits s’ils n’ont pas d’affectation spé­ci­fique. A Bruxelles, à Char­le­roi ou à Liège comme à Anvers et Gand, il existe beau­coup d’anciennes zones (indus­trielles) appar­te­nant à l’armée ou à la SNCB, deve­nues vacantes. Il faut les déve­lop­per en nou­veaux quar­tiers, avec assez d’espaces publics, de parcs, de mobi­li­té de telle manière que la ville puisse loger sa popu­la­tion gran­dis­sante.

Les gens viennent à la ville pour amé­lio­rer leur vie, ils venaient de la cam­pagne, main­te­nant, ils viennent de l’autre bout du monde mais c’est le même pro­ces­sus. Mais dès qu’on a réus­si, après deux ou trois géné­ra­tions, on quitte la ville. La ville fonc­tionne comme une machine à éman­ci­per. Mais en même temps on ne réus­sit pas à créer une qua­li­té de vie suf­fi­sam­ment éle­vée pour gar­der les gens éman­ci­pés dans ces villes. Ce qui affai­blit for­te­ment les villes d’un point de vue finan­cier et social. C’est d’autant plus le cas en Bel­gique, pre­mier pays par son réseau fer­ro­viaire ou par la den­si­té de ses auto­routes, où tout est orga­ni­sé pour que vous puis­siez conti­nuer de vivre dans votre petit vil­lage en béné­fi­ciant à dis­tance de la ville. Vous venez en ville pour étu­dier, tra­vailler, faire du shop­ping, aller au théâtre mais ensuite vous ren­trez chez vous. Résul­tat : pour fuir la ville les gens ont fait de la Flandre, une grande ville. Sauf peut-être au Lim­bourg où il existe encore beau­coup d’espaces verts.

Comment enrayer ce phénomène ?

Pour évi­ter la déser­ti­fi­ca­tion des villes, il faut d’abord que le loge­ment soit abor­dable, et de bonne qua­li­té. Ensuite, Il faut embel­lir l’espace public : les rues, les places, les parcs, les quais,… C’est très impor­tant parce qu’il y a une telle den­si­té de gens qui vivent ensemble dans un espace assez réduit, qui ont peu d’espaces exté­rieur chez eux. Enfin, il faut évi­ter que nos centres-villes soient sur­tout orien­tés vers la mobi­li­té auto­mo­bile. Ce n’est pas une posi­tion anti-voi­ture. J’ai une voi­ture mais je ne la mets pas dans mon living. On agit avec nos villes comme si l’on met­tait notre voi­ture dans notre living.

Vous quittez définitivement la politique ?

Pro­ba­ble­ment oui. Je conti­nue mon man­dat au Par­le­ment fla­mand jusque l’année pro­chaine. Après je n’ai pas déci­dé si je posais encore ma can­di­da­ture ou pas.

Je pense hon­nê­te­ment qu’après avoir eu la chance d’être bourg­mestre d’Anvers pen­dant dix ans, je ne trou­ve­rais pas un poste en poli­tique plus inté­res­sant. On a selon moi, beau­coup moins de liber­té en tant que ministre fédé­ral ou fla­mand qu’en tant que bourg­mestre. Et deve­nir bourg­mestre de Bruxelles est peut-être une ambi­tion peu réa­liste (rires).

Quels sont vos projets futurs ?

Je vais don­ner cours à l’université d’Anvers et de Lou­vain au Dépar­te­ment d’urbanisme. J’espère éga­le­ment pré­pa­rer un doc­to­rat au Dépar­te­ment des grandes villes à la Lon­don School of Eco­no­mics. Et enfin, à Anvers, la Facul­té d’urbanisme crée actuel­le­ment un Ins­ti­tut de déve­lop­pe­ment urbain, sa mis­sion vise­ra l’accompagnement urba­nis­tique des villes et des com­munes en Flandre, en Wal­lo­nie ou à l’étranger. Je sou­hai­te­rais uti­li­ser l’expérience anver­soise et voir si son appli­ca­tion est trans­po­sable à d’autres villes.

Qu’est-ce qui manquerait à Anvers selon vous ?

Une grande équipe de foot qui pour­rait concur­ren­cer Ander­lecht ! Avec beau­coup de regrets je ne suis pas arri­vé à construire ce pro­jet. C’est un élé­ment d’intégration sociale pour les dif­fé­rentes couches de la popu­la­tion. C’est vrai­ment un élé­ment ras­sem­bleur. C’est apprendre aux jeunes dès leur plus jeune âge qu’il vaut mieux tra­vailler ensemble pour réus­sir. C’est aus­si res­pec­ter les règles, sinon il y a un arbitre qui sanc­tionne. C’est une méta­phore pour la vie dans une socié­té tel­le­ment forte et édu­ca­trice.

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