Entretien avec Jean-François Tamellini

« Tous les indicateurs sont au rouge »

Photo : FGTB

Par leur action spon­ta­née, leur auto-orga­ni­sa­tion, les Gilets jaunes ont en quelque sorte remis en cause l’action d’une grosse par­tie des orga­ni­sa­tions et ins­ti­tu­tions de gauche tra­di­tion­nel­le­ment char­gées de por­ter la contes­ta­tion (syn­di­cats, par­tis) ou la cri­tique comme les mou­ve­ments d’éducation per­ma­nente. Jean-Fran­çois Tamel­li­ni, Secré­taire fédé­ral de la FGTB nous indique com­ment le mou­ve­ment des Gilets jaunes inter­roge les formes d’action syn­di­cale aujourd’hui, sur fond d’urgence sociale. Et au regard des vio­lences en France explique com­ment le syn­di­cat per­çoit les vio­lences poli­tiques et débor­de­ments dans les mou­ve­ments sociaux.

Qu’est-ce que les formes d’action utilisées par les Gilets jaunes (GJ), leur audace, leurs tactiques interrogent dans la stratégie portée par les syndicats ?

Le mou­ve­ment des Gilets jaunes doit être l’occasion chez nous d’entamer une réflexion pro­fonde sur la façon de construire notre résis­tance sociale, de consul­ter la base et de prendre des déci­sions. C’est en effet indis­pen­sable de réa­li­ser une auto­cri­tique. Je suis régu­liè­re­ment confron­té à des affi­liés, et même à des délé­gués, qui ne se recon­naissent plus dans l’organisation, et pour qui la façon dont on orga­nise la résis­tance ne répond plus à leurs attentes en tant que militant⸱es convain­cu-es. C’est pour­quoi cer­tains enfilent un gilet jaune, même s’ils gardent leur veste rouge et conti­nuent d’adhérer au syn­di­cat, son anti­ca­pi­ta­lisme, ses prin­cipes. Per­sonne ne remet en cause le rôle ou l’utilité des syn­di­cats : ils sont néces­saires et on doit les ren­for­cer. Mais par contre, on doit por­ter une auto­cri­tique sérieuse et se réin­ven­ter sur la forme des actions. Elle est contes­tée par une par­tie de plus en plus grande de la base et elle est contes­table. Les Gilets jaunes ne seraient pas Gilets jaunes et se retrou­ve­raient dans nos orga­ni­sa­tions, j’en suis per­sua­dé, si on avait d’autres formes d’action.

Les manifestations des Gilets jaunes ne sont souvent pas déclarées. Lors des « actes », les GJ procèdent par la technique de cortèges multiples. Ils n’hésitent pas aller dans les lieux de pouvoir politique et économique, des zones qui n’étaient pas traditionnellement dédiées aux manifestations. Les manifestant·es s’écartent du parcours s’il est fixé ou sinon improvisent des parcours. La cadence est rapide et sans temps de pauses. Il n’y a pas de service d’ordre (à qui on reproche parfois d’être des auxiliaires de police)… Tous ces éléments impressionnent les observateurs et donnent une impression de détermination. Est-ce que ça crée des nouvelles manières — ou remet au goût du jour d’anciennes formes — d’occuper l’espace public, de se manifester, « d’en imposer » ?

En fait, les Gilets jaunes uti­lisent des tech­niques employées dans le pas­sé par les syn­di­cats. Il n’y a encore pas si long­temps que ça, dans les années 60, durant la grande grève de 60 ou plus tard dans des actions plus ponc­tuelles d’entreprises. On en revient à des formes d’actions mises de côté pro­gres­si­ve­ment, sans doute par une cer­taine ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion du syn­di­cat.

Ces tech­niques reviennent main­te­nant à la faveur de leur mou­ve­ment et je pense que c’est une source d’inspiration pour beau­coup au sein de la FGTB. Mais je n’ai pas encore fait mon opi­nion défi­ni­tive sur les élé­ments qui nous per­met­tront de recréer une cohé­sion d’ensemble. Parce qu’on doit tenir compte de publics variés. La cadence rapide du cor­tège, qui est une tech­nique effi­cace, va par exemple être plus dif­fi­cile à tenir par des pen­sion­nés. Par contre, ces der­niers peuvent réa­li­ser sans trop de peine des actions comme le font « Le gang des vieux et vieilles en colère » qui ont fait un coup dans un Apple Store pour poin­ter du doigt les pra­tiques fis­cales d’Apple. Je ne pense donc pas qu’il y ait une forme mono­li­thique d’action qui puisse vrai­ment mar­cher pour tous. On doit jouer sur une pano­plie d’actions à réflé­chir ensemble en ciblant des points stra­té­giques en étant inno­vant sur la forme des choses. Mais je n’ai pas la for­mule idéale toute faite. C’est pour­quoi j’ai pro­po­sé de réa­li­ser des assises avec des Gilets jaunes, avec Le gang des vieux/vieilles en colère, avec les dif­fé­rents syn­di­cats — pas uni­que­ment FGTB —, avec l’associatif, etc. pour dis­cu­ter ensemble de cibles et des formes d’actions com­munes pour avan­cer ensemble et expri­mer notre colère de manière effi­cace tout en conser­vant nos iden­ti­tés res­pec­tives.

Les violences « manifestantes » et les violences policières qui répriment les manifestants sont des choses qui existaient évidemment bien avant les Gilets jaunes. Qu’est-ce qui est nouveau selon vous actuellement ?

Je pense qu’il faut d’abord dif­fé­ren­cier le phé­no­mène fran­çais du phé­no­mène belge. En France, il y a un vent de révolte qui s’organise avec des vio­lences phy­siques qui sont vrai­ment cos­taudes avec des gens qui perdent un œil ou des mains, dans des condi­tions de qua­si-guerre civile. Il faut rap­pe­ler que si on sup­pri­mait la pre­mière vio­lence, c’est-à-dire la vio­lence patro­nale d’un sys­tème qui vrai­ment nous met à genoux, il n’y aurait pas cette deuxième vio­lence qui relève selon moi de la légi­time défense.

En Bel­gique, on n’est heu­reu­se­ment pas dans le même sché­ma avec les GJ. Si on ren­contre la même vio­lence côté patro­nale, les réponses ne sont pas de l’ordre de la légi­time défense : on reste encore dans une forme de déso­béis­sance civile. Notam­ment par rap­port au fait de ne pas deman­der sys­té­ma­ti­que­ment l’autorisation pour des manifs. Les Gilets jaunes nous montrent ain­si qu’on n’est pas for­cé­ment obli­gé de suivre ce sché­ma-là pour se faire entendre. Un bon slo­gan qui cir­cule sur les réseaux sociaux dit : « On décla­re­ra nos mani­fes­ta­tions quand ils décla­re­ront leurs reve­nus », je trouve cet état d’esprit inté­res­sant.

Est-ce que ça voudrait dire concrètement par exemple initier des actions non déclarées ?

Une grève non décla­rée, non, c’est impos­sible, car elle inter­vient en tant qu’arme ultime, et tou­jours à l’issue d’un pro­ces­sus de négo­cia­tion durant lequel on a essayé d’explorer toutes les pistes pos­sibles. Par contre, en ce qui concerne des actions plus ciblées, effec­ti­ve­ment, pour­quoi conti­nuer de pré­ve­nir celui qui nous attaque de l’endroit où on va ripos­ter ? Ripos­ter de manière paci­fique — j’utilise un lan­gage guer­rier, car c’est comme ça que ça se passe sur le ter­rain —, mais tout de même ripos­ter pour les embê­ter sérieu­se­ment. C’est-à-dire faire mal à leur por­te­feuille. Or, en pré­ve­nant le grand patro­nat avant l’action, ils s’organisent pour orien­ter autre­ment la façon dont ils vont conti­nuer à faire des pro­fits et des divi­dendes. On doit conti­nuer à défendre nos canaux usuels d’action comme la grève ou les mani­fes­ta­tions. Mais à côté de ça il y a un troi­sième canal qui doit s’ouvrir : celui d’actions de déso­béis­sance civile, de « gué­rilla », pour pour­suivre sur la méta­phore guer­rière, dans le but de désta­bi­li­ser, pour faire mal là où ça fait vrai­ment mal. Et ce, à armes égales, sans lais­ser à nos enne­mis un temps d’avance pour se pré­pa­rer et pour neu­tra­li­ser nos actions.

Certes, il faut des règles, mais j’ai pu obser­ver lors d’une marche avec les GJ vers Mons que les mani­fes­tants sont sor­tis quatre fois du par­cours théo­rique de la manif. D’abord, par sou­ci de visi­bi­li­té, pour être vu et enten­du à cer­tains endroits et ne pas se can­ton­ner, comme cela se décide sou­vent au niveau syn­di­cal, à un tra­jet où per­sonne ne va nous voir, dans de grandes ave­nues qui ne mènent nulle part. Ensuite, pour être cohé­rent avec leur pro­pos et ne pas res­pec­ter ce qu’on leur impo­sait. Et enfin, pour pour­suivre au mieux leur cible du jour : viser un média, la RTBF, pour être enten­du par ce biais-là. Et que s’est-il pas­sé ? La police s’est adap­tée aux chan­ge­ments de par­cours des Gilets jaunes, car on n’est quand même pas dans le grand ban­di­tisme.

Les Gilets jaunes ouvrent donc deux voies qui peuvent ins­pi­rer au niveau syn­di­cal. D’une part, cette déso­béis­sance civile. Et d’autre part, des formes d’actions qui consistent à réflé­chir à des cibles stra­té­giques qui visent là où ça fait mal, dans les poches de ceux qui tiennent les rênes du pou­voir poli­tique et éco­no­mique c’est-à-dire de mul­ti­na­tio­nales comme Total ou Google. Ce sont elles qu’on doit faire chan­ger pour inver­ser les inéga­li­tés. Cette forme d’action est non seule­ment ciblée, mais en plus elle s’inscrit dans le temps, pas un one shot, pour main­te­nir la pres­sion, même si leurs moyens pour y par­ve­nir sont à ren­for­cer. C’est pour ça qu’on doit tra­vailler sur la conver­gence. C’est en tout cas une voie inté­res­sante pour les syn­di­cats si on ne veut pas conti­nuer à se sclé­ro­ser. On est vrai­ment à un moment où on doit sor­tir de notre zone de confort c’est-à-dire où on doit réin­ven­ter les voies d’expression de notre colère.

Vous pensez à la manifestation « nord-sud », faire masse, faire du nombre, mais où chacun rentre chez soi le soir, ce qui laisse parfois l’impression que ça n’a rien changé ?

Je pense que la jour­née de manif nord-sud pour mon­trer qu’on est là et expri­mer à un moment don­né une colère, mais sans fixer de pers­pec­tive der­rière est une voie qui ne fonc­tionne plus. D’ailleurs nos mili­tants, nos affi­liés de base, nous répètent sans cesse qu’ils ne veulent plus de « balades » nord-sud, plus de one shot, car ce n’est pas effi­cace : les grandes entre­prises s’organisent faci­le­ment pour contrer une grève d’une jour­née, en sto­ckant la veille, pour tra­vailler sur d’autres sites de pro­duc­tion. Nos affilié⸱es veulent voir des résul­tats c’est-à-dire voir qu’on fait mal à ceux qui nous font mal. L’efficacité est un des élé­ments que les Gilets jaunes nous rap­pellent en disant : il faut main­te­nir la pres­sion tant qu’on n’est pas enten­du.

Mettre plus de pression sur les cibles précises, est-ce que ça passe par des moyens qui ont recours à la force, à des moyens plus « durs » que ceux qu’on connait aujourd’hui ?

Est-ce qu’on doit orga­ni­ser des formes plus vio­lentes ? Non. De déso­béis­sance civile ? À titre per­son­nel, j’y suis favo­rable, parce qu’on doit s’adapter à ce à quoi nous sommes confron­tés. Et mal­heu­reu­se­ment les voies habi­tuelles et bien bali­sées sont deve­nues trop étri­quées que pour se faire entendre cor­rec­te­ment.

Par exemple, est-ce qu’on doit res­pec­ter la zone neutre ? J’en suis de moins en moins convain­cu. Empié­ter des­sus comme l’ont fait des mili­tants pour le cli­mat me parait légi­time. Car c’est dans la rue de la Loi que ça se passe. Ce pour­rait être un pre­mier pas pour pou­voir se faire entendre juste devant les murs de là où les déci­sions se dis­cutent. Par expé­rience, je sais que quand les négo­cia­teurs entendent les cris der­rière les portes, quand ils savent qu’il y a des comptes à rendre tout de suite, ça change le rap­port de force.

En revanche, je n’encouragerais jamais des formes de vio­lences phy­siques. Et tous les cas des­quels j’ai pu être témoin n’étaient qu’une réponse à une pre­mière vio­lence, qu’elle soit poli­cière ou patro­nale. Quand on en arrive à des situa­tions où des gens sont trai­tés comme des ani­maux alors après, oui, effec­ti­ve­ment, il y a par­fois une réac­tion ins­tinc­tive. Je n’encourage pas ça, mais je constate que c’est mal­heu­reu­se­ment les condi­tions dans les­quelles on met les gens qui mènent à de telles réac­tions.

On a souvent l’impression qu’il est difficile de faire plier un gouvernement qui fait la sourde oreille sans aller au-delà des manifestations pacifiques. Surtout si on se réfère aux nombreuses conquêtes sociales dans l’histoire qui ont été émaillées de violences politiques et sans doute au moins en partie obtenues grâce à elles. Les violences politiques sont-elles nécessaires dans les conflits sociaux ?

Dans les grands com­bats menés par le pas­sé — et qui com­mencent d’ailleurs à dater — ce qui a pu être déter­mi­nant, ce n’est pas l’usage de vio­lence en tant que telle, mais c’est le fait que les syn­di­cats se soient fait dépas­ser par leur base. Quand il y a eu des pavés arra­chés, quand il y a eu des camions retour­nés, ce ne sont pas les syn­di­cats qui ont don­né le mot d’ordre, mais les syn­di­cats qui se sont fait dépas­ser par leur base.

Or, aujourd’hui, ceux qui se croient intou­chables dans leur tour de verre, du côté patro­nal ou au gou­ver­ne­ment, à force de nous pla­cer dans la situa­tion où on ne peut rien négo­cier, nous amène jus­te­ment vers le moment où on va se faire dépas­ser par notre base. Les gou­ver­nants et les grands chefs d’entreprises ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de créer eux-mêmes les condi­tions d’un débor­de­ment du syn­di­cat qui fait qu’il y aura à un moment don­né de la vio­lence, comme on l’a vécu dans le pas­sé. On n’y est pas encore, mais tous les ther­mo­mètres sont au rouge. Des dégra­da­tions et de la vio­lence phy­sique risquent effec­ti­ve­ment d’arriver par la faute patro­nale, par la faute de ceux qui empêchent la vraie concer­ta­tion sociale deve­nue une concer­ta­tion de façade.

Alors il y a deux écoles, la concer­ta­tion, soit c’est un tam­pon qui empêche de faire une révo­lu­tion, soit c’est un élé­ment qui per­met de pro­gres­si­ve­ment mieux redis­tri­buer les richesses. C’est cette der­nière voie que j’ai choi­si de suivre et à laquelle je conti­nue de croire même si je constate que dans le cadre actuel, on nous empêche de mener une redis­tri­bu­tion de manière équi­table des richesses. On se dirige donc vers une voie sans issue, vers un débor­de­ment par notre base qu’on ne mai­tri­se­ra plus et qui amè­ne­ra ce qu’il amè­ne­ra. Je ne le sou­haite pas, mais les indi­ca­teurs, je le répète, sont tous au rouge…

En Belgique, les violences policières vis-à-vis des manifestant·es sont loin d’atteindre le niveau hallucinant qu’on observe en France. Néanmoins, on a assisté à des choses interpellantes comme l’arrestation préventive de près 500 personnes le 8 décembre 2018 à Bruxelles ou la mise en garde à vue dans des écuries de centaines de ces Gilets jaunes. Est-ce que ça reflète plus globalement une répression policière et judiciaire plus forte ces dernières années ?

Aujourd’hui [le 9 octobre 2018 NDLR], on par­lait de l’enquête du comi­té P au sujet de ce qui est pour moi un meurtre, celui de la petite Maw­da. Je ne stig­ma­tise pas les poli­ciers, je stig­ma­tise ceux qui donnent les ordres tout en haut et donc le Minis­tère de l’Intérieur, Jan Jam­bon et com­pa­gnie, qui ont décom­plexé le fait de tirer sur des gens et ont créé un état d’esprit au sein de la police où on peut se sen­tir auto­ri­sé à tirer sur des gens qui ne sont pas armés. Je fais ce paral­lèle, car je pense que c’est un phé­no­mène glo­bal, pas seule­ment à l’égard des mou­ve­ments sociaux. Le gou­ver­ne­ment actuel a mené une dia­bo­li­sa­tion des syn­di­cats, et sin­gu­liè­re­ment du nôtre en affir­mant par­tout que les syn­di­cats étaient nui­sibles et qu’il fal­lait dur­cir le ton face à eux. Ces idées com­mencent à per­co­ler dans l’opinion publique. On com­mence à accep­ter des déploie­ments poli­ciers plus durs, cer­taines pro­vo­ca­tions poli­cières à l’égard des mani­fes­tants comme celles que le fameux com­mis­saire Van­der­mis­sen a pu faire. Une sorte d’esprit d’impunité se met en place. Fran­cken peut twit­ter des hor­reurs sans qu’on ne lui dise rien. Et pour les forces de l’ordre, tabas­ser du syn­di­ca­liste ou du migrant, ce n’est pas bien grave, on peut y aller. On fait abs­trac­tion des droits humains. Ce n’est pas un pro­blème non plus d’arrêter les mani­fes­tants de manière pré­ven­tive, de les trai­ter de manière dure et cos­taude alors qu’ils n’étaient pas vio­lents.

Cela ne concerne pas uni­que­ment les Gilets jaunes. Quand on a mani­fes­té contre le CETA et le TAFTA, les gens se sont faits col­son­ner et bien pous­ser, y com­pris des jeunes filles, des per­sonnes âgées, des mères. Moi je trouve que c’est scan­da­leux de trai­ter des gens comme ça. Mais ça date d’il y a quelques années déjà : il y a une mon­tée en puis­sance d’un état d’esprit qui est de dire : si c’est sur des gens qu’on peut stig­ma­ti­ser, allez-y, ne vous inquié­tez pas, on va vous cou­vrir. On se trouve dans une situa­tion où les forces de l’ordre sont inci­tées à bien mon­trer leurs bou­cliers et qu’ils sont là pour qu’on res­pecte le gou­ver­ne­ment en place.

Vous avez des relais dans la police. Est-ce que c’est des réflexions qui parcourent les travailleurs et travailleuses de la police ?

Clai­re­ment, moi je ne mets en dif­fi­cul­té per­sonne, mais on est effec­ti­ve­ment infor­mé de l’intérieur, par nos affilié⸱es, de situa­tions qui ne sont pas accep­tables au sein même des forces de l’ordre. La majo­ri­té font évi­dem­ment leur bou­lot cor­rec­te­ment, mais il y a des consignes et sur­tout la dif­fu­sion d’un état d’esprit visant à légi­ti­mer cer­tains com­por­te­ments qui ne sont pas accep­tables et qui sont dénon­cés même au sein des forces de l’ordre sur le mode du : « Allez-y s’il faut frap­per des mani­fes­tants, ne vous inquié­tez pas parce qu’on arri­ve­ra bien à retom­ber sur nos pattes en disant que c’est les mani­fes­tants qui débor­daient ».

Et les centaines Gilets jaunes qui ont été gardés à vue dans les écuries, ce sont des situations humiliantes ?

Oui, je pense que c’est le nœud du pro­blème : humi­lier les gens et leur faire pas­ser le mes­sage « ne reve­nez pas, on a vos noms ». C’est une forme d’intimidation qui n’est pas accep­table.

Les choses semblent aller dans un sens toujours plus ultra sécuritaire..

Encore une fois, la France, c’est la France, la Bel­gique c’est la Bel­gique et pour l’instant, on en est ici juste aux pré­mices. On dit tou­jours que les poli­ciers belges sont plus habi­tués à de gros mou­ve­ments sociaux, ce qui expliquent qu’ils les gèrent, jusqu’à pré­sent, sans uti­li­ser de fla­sh­balls ou de tasers. Mais si ça conti­nue, si on a un deuxième gou­ver­ne­ment comme celui qu’on a eu, on peut vite arri­ver à un dur­cis­se­ment sécu­ri­taire.

3 commentaires

  • jacques deghorain

    il me semble qu’on se dirige de plus en plus vers des tech­niques de gué­rillas , qui ont lar­ge­ment fait leurs preuves . Petites mani­fes­ta­tions sur­prises très ciblées visant le poli­tique et le patro­nat , le décro­chage et la dis­per­sion immé­diate . Faire peur avant tout , en fai­sant un peu de casse ici et là , faire régner une atmo­sphère d’insécurité dans les milieux diri­geants responsables.….rien de bien nou­veau dans tout ça !

  • Raphaël

    Si ça vire à la Macron en Bel­gique, on ira clai­re­ment vers un gou­ver­ne­ment plus sécu­ri­taire

  • Jean-Pierre Mirant

    Tout cela est très inquié­tant pour la suite…

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