Werner Moron : Amener à tous les principes actifs de l’art

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Wer­ner Moron inter­vient au sein du col­lec­tif Paracommand’art. Ce groupe infor­mel d’artistes tra­vaille avec tous les publics en dif­fé­rents endroits et espaces au gré des oppor­tu­ni­tés ou des dési­rs de ses membres. Dans les musées ou à l’appel d’institutions ou bien d’initiative, en débar­quant spon­ta­né­ment dans l’espace public, comme der­niè­re­ment en inven­tant une cho­ré­gra­phie sur la Place Saint-Léo­nard de Liège avec les Indi­gnés qui l’occupaient. Il déve­loppe dans cet entre­tien sa vision des publics et pré­sente la démarche qu’il uti­lise pour tra­vailler avec eux.

Qui sont vos publics ?

Tous les publics pos­sibles et ima­gi­nables pour­vu qu’ils suivent l’objectif qui est de créer une œuvre d’art la plus exi­geante qui soit, qu’ils sou­haitent à tra­vers nos péda­go­gies aller d’une intui­tion jusqu’à la créa­tion d’une œuvre d’art. Nous ne nous adres­sons qu’à des indi­vi­dus. On les trouve par­fois dans des lieux ins­ti­tu­tion­nels (CPAS, MJ, musées, mai­sons de quar­tiers etc.). Mais on s’adresse chaque fois à une uni­té, un indi­vi­du. Cet indi­vi­du peut s’appuyer sur un col­lec­tif, fait d’experts qui l’appuie, le sou­tienne dans ses intui­tions pour réa­li­ser quelque chose dans un uni­vers cho­ré­gra­phique, ciné­ma­to­gra­phique, théâ­tra­li­sé, per­for­mé, mul­ti­mé­dia etc. Cela se fait dans le cadre d’une péda­go­gie déve­lop­pée empi­ri­que­ment au fil des ren­contres et de mes réa­li­sa­tions en tant qu’artiste : « Tra­jet réel / Tra­jet rêvé ».

Quelle est cette péda­go­gie ?

Depuis un cer­tain temps on est dans un monde plus objec­tif, plus maté­ria­liste, et on s’est quelque peu atro­phié du point de vue de l’imaginaire. Il faut donc déve­lop­per tout une tech­nique d’assouplissement, de gym­nas­tique, de créa­ti­vi­té, comme si on était des chi­ro­prac­teurs artis­tiques.
« Tra­jet réel / tra­jet rêvé » est un exer­cice qui vise à créer un déno­mi­na­teur com­mun : à tra­vers une ques­tion très simple, à laquelle il est impos­sible de ne pas répondre (ex : « décris-moi ta chambre », « quel est ton sou­ve­nir le plus loin­tain ? »), on montre à une per­sonne qui se croit sans culture ou sans his­toire qu’elle en est pleine. Qu’elle peut être elle-même le sujet d’une œuvre. On obtient ain­si un sup­port solide basé sur sa réa­li­té, sur lequel vont se gref­fer de petits mor­ceaux d’imaginaires par dif­fé­rentes tech­niques (dévia­tion, lap­sus). Par exemple : « décris ta rue », on y greffe un papillon qui parle ou une per­sonne avec trois mains. Cela per­met de voir com­ment se construisent les ima­gi­naires. Qu’ils sont faits de créa­ti­vi­té mais que tout n’est pas à inven­ter : on peut s’inspirer de sa réa­li­té et de sa mémoire. J’ai démon­té les « prin­cipes actifs de l’art », des pro­ces­sus qui sont à l’œuvre chez les artistes et j’initie les indi­vi­dus à ces prin­cipes. Je ne cherche pas à gué­rir ou éman­ci­per les gens. Mon objec­tif est qu’ils pro­duisent une œuvre d’art. L’idée est de créer une infla­tion artis­tique. Tous les gens qu’on ren­contre ne vont pas ren­trer dans une car­rière artis­tique mais ils sont tous capables de pro­duire une œuvre qui fait sens à un moment don­né.

Vous allez dehors, « à la ren­contre des publics ». Dedans, dans les salles, les musées, ce n’est plus pos­sible ?

Ça dépend de quoi on parle. Dedans pour­quoi pas tant qu’on obtient un vrai débat, qu’on puisse abor­der des sujets plei­ne­ment. Une œuvre d’art n’est pas là pour faire socié­té mais pour poser une ques­tion stri­dente et inter­pel­lante, qui fait polé­mique. Ça sera tou­jours une ten­sion. Soit l’intérieur l’accepte, soit tout le monde se bride, sou­vent incons­ciem­ment. En fait, on doit tou­jours être dedans ET dehors (ne serait-ce que pour les moyens néces­saires au déve­lop­pe­ment d’une action).

Ce tra­vail avec les publics passe-t-il par une recon­nais­sance finan­cière de leur apport ?

J’aimerais à l’avenir arri­ver à en faire une éco­no­mie. Avec les publics, quand on leur pro­pose de faire un tra­vail artis­tique, qu’il y ait une forme d’économie qui se mette en place. Spé­cia­le­ment avec des publics pré­ca­ri­sés. Ça ce serait vrai­ment sérieux. Pas uni­que­ment par­ti­ci­per à un pro­ces­sus socio­cul­tu­rel, mais dans la mesure où ils font un effort, pro­duisent une œuvre poten­tiel­le­ment com­mer­cia­li­sable, il serait bon qu’ils en trouvent rému­né­ra­tion, que ce soit l’opportunité de rece­voir un cachet. C’est assez mal vu, c’est dom­mage. Car tout comme en psy­cha­na­lyse, le fait qu’il y ait à un moment don­né un échange d’argent donne de l’importance à ce qui est pro­duit.

www.wernermoron.be
www.paracommandart.org

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