Nabil Ben Yadir

Filmer le métissisme

Il y a 30 ans, une tren­taine de jeunes et moins jeunes habi­tants des Min­guettes, une cité lyon­naise, enta­maient une marche à tra­vers la France pour récla­mer l’égalité et lut­ter contre un racisme alors très meur­trier. Nabil Ben Yadir, jeune cinéaste bruxel­lois, qui a réa­li­sé les Barons, brosse ce pan peu connu de l’Histoire de France dans La Marche, son second long-métrage. Ren­contre avec un por­trai­tiste social.

À l’instar des protagonistes de La Marche, est-ce qu’à 20 ans vous seriez vous-aussi parti marcher pour l’égalité et contre le racisme ?

Je ne sais pas… Je trouve que l’idée était super naïve et uto­pique mais en même temps très inté­res­sante. C’est pour cela que j’ai déci­dé de la fil­mer. Après avoir ramas­sé la balle, Moha­med (qui repré­sente Tou­mi Djaïd­ja) a dit : « Il faut que l’on fasse comme Gand­hi » et un groupe de jeunes du quar­tier de la cité des Min­guettes à Lyon décident alors d’organiser une marche non vio­lente. Nous sommes en 1983 en pleine sor­tie ciné­ma­to­gra­phique du film « Gand­hi ». Les mar­cheurs ont vu ce film à ce moment-là et s’en sont d’ailleurs ins­pi­rés. Quand je vois cette marche qui date d’il y a 30 ans et quand j’observe ce qui se passe main­te­nant, je me dis que cela les a fait gran­dir, mais je me demande si ça a véri­ta­ble­ment chan­gé les choses. Peut-être le regard. Et il y a moins de crimes racistes. Le droit à l’égalité est deve­nu un mes­sage beau­coup plus large. Mais est-ce qu’à 19 – 20 ans, j’aurais mar­ché ? Non. Parce que j’étais un baron donc for­cé­ment, mar­cher, ce n’était pas dans ma phi­lo­so­phie ! (rires)

Quel a été l’imapct de la Marche pour l’égalité en Belgique ?

Je sais sim­ple­ment qu’il y a eu une marche qui s’est orga­ni­sée juste après la marche sur Paris pour l’égalité mais en bus. C’est une his­toire bien belge ! En deux heures, le tour était joué !

Le climat était plutôt similaire en Belgique dans les années 80.

J’ai une image, celle d’un mec en cha­meau : c’était Roger Nols, Bourg­mestre de Schaer­beek à l’époque. Il avait pris le cha­meau des Frères Bou­glione. Evi­dem­ment, c’était dérou­tant mais quand tu es gamin, tu es encore inno­cent. Oui, il y avait des raton­nades, des crimes racistes, des bavures, des humi­lia­tions, des his­toires assez mor­bides.

Par rapport à la Marche telle qu’elle a eu lieu, quelle est la part de la fictionnalisation dans le film ? À quel point vous êtes-vous éloigné des faits réels ?

Je ne me suis pas du tout éloi­gné du réel. Par contre, au départ de Mar­seille, ils étaient 32 à mar­cher. Pour moi, c’était un peu com­pli­qué à mettre en scène. Donc, j’ai pris la liber­té de gar­der deux per­son­nages : Moha­med qui a reçu la balle et Oli­vier Gour­met qui incarne Chris­tian Delorme, le curé des Min­guettes qui a encou­ra­gé cette démarche et d’en créer d’autres, d’ajouter des conflits. Mon sou­hait était de faire un film ciné­ma­to­gra­phique, pas un docu­men­taire. Nous avons dû racon­ter les petites his­toires mais en res­pec­tant tou­jours la grande His­toire. Le départ, le milieu, la fin sont tirés des faits réels. La bavure, les Min­guettes, le départ à Mar­seille pour l’arrivée à Paris, les images d’archives avec la mort d’Habib Grim­zy, les ren­contres, la marche des flam­beaux, le racisme qui vient de par­tout et de nulle part, c’est la réa­li­té.

Selon vous, quel a été l’impact de la Marche pour l’égalité en Belgique ?

Je sais sim­ple­ment qu’il y a eu une marche qui s’est orga­ni­sée juste après mais en bus. C’est une vraie his­toire belge ! En deux heures, le tour était joué ! (rires). Non, je connais­sais juste la fin. 80 % des jeunes ne connaissent pas la Marche en France. Alors, vous ima­gi­nez le résul­tat en Bel­gique. Pen­dant des années, j’ai cru que c’était SOS Racisme qui avait réuni 100.000 per­sonnes à Paris et fait cette marche alors que pas du tout. Je m’en suis vou­lu, car ce n’était pas juste un ras­sem­ble­ment, c’était une vraie Marche. Et j’ai réa­li­sé aus­si que les jour­na­listes avaient réduit la por­tée uni­ver­selle de cette Marche pour l’égalité contre le racisme en col­lant la déno­mi­na­tion « Marche des Beurs ».

Il y a des séquences qui montrent le prolétariat dans les années 80. On y voit les familles des marcheurs qui sont des familles très populaires et ouvrières. Est-ce que vous avez voulu cette dimension sociale dans le film ?

C’était la réa­li­té. Évi­dem­ment, l’aspect social et même poli­tique est là. Mais c’est une his­toire tel­le­ment forte et sur­réa­liste que tu n’as pas besoin d’insister sur cet aspect pour le faire sen­tir. Et encore, par exemple dans les décors, là où ils habi­taient aux Min­guettes, nous avons été gen­tils, car si vous regar­dez les images d’archives, c’est bien plus dur et déla­bré. C’était lais­sé à l’abandon. En même temps, je n’ai pas fait un film pour dres­ser un état des lieux des ban­lieues en France. J’ai réa­li­sé un film sur la France, pour mon­trer la réa­li­té de l’époque.

On voit les marcheurs qui vont à la rencontre d’ouvriers au gré de leur parcours, des travailleurs précaires, des foyers Sonacotra, ils se découvrent aussi politiquement, se construisent, deviennent militants au fur et à mesure de leur marche…

Cer­tains deviennent mili­tants au fur et à mesure, d’autres se per­fec­tionnent au niveau du dis­cours en allant à la ren­contre de la France. Ils sont pas­sés dans les foyers Sona­co­tra d’où ils res­sortent avec la reven­di­ca­tion pour la carte de séjour de 10 ans (qu’ils obtien­dront). Ils ont été dans les usines Renault et Citroën où des grèves avaient lieu. Ils ont essayé de moti­ver les gens pour les ras­sem­bler à Paris. Ces jeunes des quar­tiers ont tra­ver­sé paci­fi­que­ment la France avec un mes­sage d’espoir pour plus d’égalité et moins de racisme. Ils ont été là où on ne les atten­dait pas, là où les habi­tants n’avaient jamais vu un Arabe. Les mar­cheurs dor­maient chez l’habitant, dans les églises, dans les asso­cia­tions, et par­fois dans le camion.

À la manière de ce que l’on voit dans le film, à l’instar des marcheurs, est-ce qu’il y a encore des revendications sociales qui traversent les quartiers populaires ?

Oui. Il y a tou­jours des mili­tants et des asso­cia­tions. Mais est-ce qu’ils sont plus mili­tants qu’avant ? Non, ils le sont plu­tôt moins. Il y a plus d’associations et le pro­blème, c’est que cha­cune campe sur ses posi­tions poli­tiques alors qu’elles devraient avoir plus de cohé­rence entre elles. Il y a aus­si plus d’attractions pour res­ter chez soi. Plus d’internet, plus de chaînes de télé­vi­sion.
En fait, il y a peut-être moins de mili­tan­tisme dans les quar­tiers, car il est peut-être plus cer­né poli­ti­que­ment : on doit affi­cher sa cou­leur. Quand on est mili­tant sans cou­leur poli­tique clai­re­ment iden­ti­fiable, on est consi­dé­ré comme un ovni. Or, les mar­cheurs ont jus­te­ment été des ovnis poli­tiques ! Ils avaient une petite asso­cia­tion mais n’arboraient aucune cou­leur. Cela ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas pour autant enga­gés poli­ti­que­ment, ils l’étaient mais refu­saient une éti­quette et la récu­pé­ra­tion. Ils disaient sim­ple­ment qu’ils étaient fran­çais. C’est tout à leur hon­neur !

Est-ce qu’à travers vos films, La Marche et Les Barons, il y a l’idée de déconstruire l’image de « l’Arabe », de l’étranger telle qu’elle est véhiculée dans notre société ?

Évi­dem­ment, on peut faire un lien mais mon pro­chain film va être un film poli­cier sur le sépa­ra­tisme en Bel­gique que je le tourne l’année pro­chaine. Je vais vrai­ment aux his­toires qui me touchent. En fait, ce n’est pas une ques­tion que je me pose. Avec La Marche, j’ai fait un film fran­çais avec une touche belge.

La culture belge, la culture bruxel­loise, c’est un vrai mélange. À aucun moment dans Les Barons, on ne pro­nonce le mot « arabe ». À aucun moment on parle même d’immigrations ou d’où on est né. On parle du pré­sent ou du futur. Je ne dis pas qu’on ne doit pas connaitre ses ori­gines mais on les connaît. Quand tu te lèves le matin, tu ne te demandes pas d’où tu viens. Cela a tou­jours été ma manière de dire, j’ai fait un film sur la Bel­gique, et là, j’ai vou­lu faire un film fran­çais de France et pas du tout com­mu­nau­taire. C’est la rai­son pour laquelle j’ai accep­té de faire le film et je l’ai construit comme cela. Je veux juste racon­ter, comme dirait Jamel Deb­bouze dans le film, ce qu’est le « métis­sisme » : la nou­velle pho­to de famille !

Comment êtes-vous passé de l’électromécanique au cinéma ?

Par la sor­tie de secours en gros… l’électromécanique, c’était là où je me sen­tais le moins mal après avoir essayé un par­cours artis­tique. J’ai ten­té de m’inscrire dans trois écoles artis­tiques, on m’a tou­jours refu­sé. Je vou­lais faire du des­sin parce qu’à la base c’est la créa­tion, des­si­ner des por­traits, des pay­sages. On m’a refu­sé l’accès en disant que ce n’était pas pour moi, qu’il y avait trop de filles ou je ne sais quoi. Il y a même eu cette phrase extra­or­di­naire d’un prof qui a dit à ma mère, com­plè­te­ment bou­le­ver­sée : « s’il mani­pule aus­si bien le tour­ne­vis que le crayon, il fera un excellent méca­ni­cien »…

À 14 – 15 ans, refu­sé de par­tout, je me suis retrou­vé en cou­ture-cui­sine à l’Institut de la Sagesse à Gan­sho­ren. J’y suis res­té deux mois et demi. À par­tir de là, j’ai été com­plè­te­ment désco­la­ri­sé. Ensuite, J’ai essayé plus d’une dizaine d’écoles bruxel­loises, cela s’est tou­jours sol­dé d’un échec. Puis à un moment don­né, je me suis réin­sé­ré dans la branche qui me gênait le moins. Pour­quoi l’électromécanique ? Par des choix faciles, c’est concret, il faut réflé­chir mais aus­si tou­cher. Je ne vou­lais pas res­ter der­rière un bureau. L’électromécanique j’en ai fait très vite le tour. Et puis, j’ai fait mon che­min, j’ai été à l’ULB en phi­lo­lo­gie romane juste pour me prou­ver que je pou­vais accé­der à l’université. J’y suis res­té deux mois et demi le temps néces­saire pour obte­nir ma carte d’étudiant et pou­voir ren­trer à la biblio­thèque, aspi­rer à la tran­quilli­té…

Après, j’ai bos­sé. J’ai été gar­dien de par­king, j’ai tra­vaillé à la chaîne chez Volks­wa­gen, dans la machi­ne­rie puis taxi­man. Mais j’écrivais tou­jours tout en tra­vaillant. Puis je me suis dit que je n’avais rien à perdre, bien au contraire tout à gagner. Je garde tou­jours cette phi­lo­so­phie de vrai­ment bien choi­sir mes pro­jets par plai­sir. Puis voi­là j’ai mon­té mes films ! Avant Les Barons, j’ai écrit un court-métrage, j’ai reçu un peu de fonds d’un pro­duc­teur et de la Com­mu­nau­té fran­çaise pour pou­voir le mener à bien. Offi­ciel­le­ment, je fais du ciné­ma depuis 2005 – 2006. Je conti­nue à faire des por­traits mais autre­ment, je les porte à l’écran !

Quelles sont vos influences cinématographiques ?

J’ai gran­di avec des films popu­laires comme ceux de Louis de Funès, ou des films bol­ly­woo­diens qui durent 4 heures, des films que l’on pou­vait regar­der en famille. Ce n’était pas dans ma culture d’aller au ciné­ma. On regar­dait le ciné­ma à la télé­vi­sion. On avait une télé ins­tal­lée dans le salon qui était squat­tée par le papa. Je suis de la géné­ra­tion télé. J’ai gran­di avec des films et des des­sins ani­més, comme « Dra­gon Ball » et « Juliette je t’aime ». Puis j’ai décou­vert, très tar­di­ve­ment, des réa­li­sa­teurs comme Scor­sese et Kubrick. Mais je suis né avec Gérard Oury, j’assume tota­le­ment.

En dehors du cinéma vous avez d’autres passions ?

Mon pro­blème c’est que le ciné­ma est toute ma pas­sion. Il faut que j’en trouve une autre, peut-être la pho­to ! Le pro­blème est lorsque votre pas­sion devient votre tra­vail, il y a peu de place pour autre chose. Mais en même temps, c’est une chance de vivre de sa pas­sion. Je suis vrai­ment heu­reux, mais il est vrai qu’il fau­drait se tour­ner vers autre chose pour pou­voir gar­der la flamme.

Est-ce que votre film pourrait faire l’objet d’animations dans les écoles, dans les quartiers ?

C’est un objec­tif, mais pas le but pre­mier. Il a un che­min com­mer­cial avant tout. Nous avons mon­tré le film au Pré­sident de la Répu­blique Fran­çois Hol­lande. Actuel­le­ment, nous tra­vaillons avec des asso­cia­tions pour que le film puisse tou­cher les jeunes. J’aimerais bien que les jeunes puissent aller au ciné­ma. J’ai eu pour habi­tude même quand je fré­quen­tais l’école qu’on me ramène une cas­sette vidéo pour regar­der un film, alors que j’aurais tant ado­ré aller au ciné­ma ! La seule fois où je suis allé au ciné­ma c’était pour voir « Basile, détec­tive pri­vé » de Walt Dis­ney. J’étais très jeune et j’en garde pour­tant un sou­ve­nir très pré­cis. C’est très impor­tant d’emmener les jeunes au ciné­ma afin de les habi­tuer à voir d’autres films que ceux du petit écran. Qui peut mieux le faire que l’école ? Le ciné­ma c’est aus­si édu­ca­tif. Que ce soit le ciné­ma qui aille dans les écoles ou les écoles qui aillent au ciné­ma, peu importe mais il faut faire ce tra­vail péda­go­gique. Il faut don­ner la pos­si­bi­li­té aux jeunes de bou­ger,

d’aller au théâtre, au ciné­ma. En France, on milite pour que ça se fasse, et cela semble bien par­ti, mais nous aime­rions beau­coup que cela suive en Bel­gique. Il y a des écoles qui ont pro­gram­mé la séance. Ce serait super qu’un jeune dise à son prof « on va aller voir La Marche ? ». Cela s’est pas­sé avec Les Barons. Je pense qu’historiquement, c’est impor­tant, sur­tout que les vrais mar­cheurs sont tou­jours vivants, ils sont deve­nus des amis et ils conti­nuent à trans­mettre le mes­sage au tra­vers des écoles et des uni­ver­si­tés.

Vous aviez évoqué le projet d’un nouveau film sur le séparatisme en 2014 ?

Au-delà du sépa­ra­tisme, c’est sur­tout un film sur la Bel­gique contem­po­raine avec comme per­son­nage cen­tral un com­mis­saire fla­mand de la bri­gade des stu­pé­fiants sur le che­min de la retraite qui rentre en poli­tique pour être bourg­mestre d’Anvers, il veut faire de la Wal­lo­nie un par­king pour la Flandre. C’est un vrai ripou ! Il a comme mes­sage poli­tique : la sécu­ri­té, le sépa­ra­tisme et véhi­cule des idées dou­teuses. Un jour, il découvre qu’il a un fils à Char­le­roi…

Est-ce qu’une marche pour l’égalité aurait encore un sens aujourd’hui ?

Évi­dem­ment, encore plus aujourd’hui ! Les mou­ve­ments paci­fistes ne sont jamais assez nom­breux ! Le peuple doit s’exprimer. Mais si c’est juste pour par­ti­ci­per à des mani­fes­ta­tions, où la police vous dit que vous pou­vez défi­ler de tel endroit à un autre entre 13h et 13h30, quel est l’intérêt ? Un mou­ve­ment pour l’égalité et contre le racisme c’est noble, et évi­dem­ment que l’on a besoin de cela encore main­te­nant ! Selon moi sur­tout en France plus qu’en Bel­gique. Quoique quand on voit les pro­pos vicieux de cer­tains poli­ti­ciens d’ici qui sont dans des par­tis dits démo­cra­tiques… Notam­ment à Anvers, il y a eu des mots et des phrases sur­réa­listes, qui sont sor­tis de la bouche de Bart De Waver qu’on oublie et qu’on trouve presque nor­maux. C’est bien là le dan­ger. On se dit ce n’est pas grave, il l’a dit, il ne le pense pas, il s’est empor­té. En revanche, ce n’est pas pour cela qu’il faut tom­ber dans la para­no totale non plus, il faut res­ter mesu­ré. Il ne faut pas avoir une police de la bonne conscience mais res­ter dans de la pré­ven­tion. L’erreur serait de tom­ber dans la vic­ti­mi­sa­tion. Les mar­cheurs ne sont jamais tom­bés dans ce piège. C’est inté­res­sant, car tout le monde les atten­dait au tour­nant, quand ils étaient fati­gués, décou­ra­gés, quand ils souf­fraient. Ils ont fait ce qu’il fal­lait : ne pas attendre les pan­se­ments, mais s’autogérer !

La marche pour l’égalité et contre le racisme

L’année 1983 est une année un peu particulière en France. Elle marque l’alliance entre le FN et la droite française à Dreux et la victoire électorale de cette coalition. Le contexte est celui d’une France fortement crispée face à une population d’origine immigrée et de ses enfants nés en France, où les crimes racistes et « bavures » policières sont fréquents et peu punis. C’est dans une cité près de Lyon, les Minguettes, que Toumi Djaïdja, qui s’est pris une balle tirée à bout portant par un policier, décide d’une réponse non-violente, à l’image de la Marche du Sel de Gandhi. Il s’agira d’une marche pour réclamer l’égalité réelle des droits (face à la justice, à la police, à l’emploi), pour être un Français à part entière. Véritable marche pour les droits civiques à la française, elle conduira une trentaine de personnes à marcher du 15 octobre près de Marseille jusqu’au 3 décembre à Paris où près de 100.000 personnes les accueilleront. Reprise de pouvoir, d’affirmation de soi et de son identité culturelle, elle a été le fruit des acteurs de cette marche eux-mêmes, malgré des manipulations et récupérations qui ont pu avoir lieu par la suite. Par exemple, le terme « marche des beurs », inventé par les médias et que ne reconnaitront jamais les marcheurs qui voient en elle une réduction de leur message universaliste. Certes, le bilan est en demi-teinte. Beaucoup d’espoirs soulevés, peu de revendications rencontrées à l’exception notable de la carte de séjour de 10 ans. Il n’empêche que la marche et son écho constitueront un tournant qui voit une France se réveiller multiculturelle, et des enfants d’immigrés qui découvrent en retour un pays, le leur. (AB)

La Marche, un film de Nabil Ben Yadir (2012)

Nabil Ben Yadir signe ici un biopic à la française qui raconte l’incroyable aventure de jeunes des Minguettes qui, confrontés à une violence policière et un climat raciste généralisé, décident d’organiser une action pacifique. Mohamed (Tewfik Jallab) reçoit une balle tirée à bout portant lors d’une intervention policière violente dans la cité. Miraculé, il décide, au lieu de choisir la vengeance, d’organiser une marche pour l'égalité et contre le racisme. Il sera soutenu par ses amis, des travailleurs socioculturels locaux (dont le curé des Minguettes, Christian Delorme joué par Olivier Gourmet) et d’autres militants. Cette équipée métissée à tout point de vue, représentative de la nouvelle France qui se dessine, se lance alors à travers la France, de Marseille à Paris à la rencontre d’un pays qui a semblé les ignorer jusque-là. Une plongée interpelante dans une France des années 80 au climat pesant et dans le déroulé d’un évènement, véritable combat pour les droits civiques, qui va permettre enfin à un pays de faire accéder sur les chemins de l’égalité les immigrés et leurs enfants ainsi que de développer une lutte plus active contre le racisme et ses crimes. (AB)

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