11 – 11 : Memories Retold

Développé par Digixart et Aardman studio

Après avoir com­mé­mo­ré le cen­te­naire des débuts de la Pre­mière Guerre Mon­diale avec le jeu « Sol­dats Incon­nus : Mémoires de la Grande Guerre » (Ubi­soft, 2014), Yoan Fanise conti­nue son tra­vail de mémoire avec 11 – 11 : Memo­ries Retold, sor­ti à l’occasion des 100 ans de l’Armistice. Comme pour leur pre­mier jeu, Fanise et son équipe sou­haitent mon­trer la réa­li­té humaine d’individus écra­sés par les évè­ne­ments. Ils le font avec Aard­man Stu­dio, mon­dia­le­ment répu­té pour ses films « Wal­lace & Gro­mit », et le dou­blage de l’acteur Eli­jah Wood. Aucun hasard dans ces col­la­bo­ra­tions tant Memo­ries Retold sou­haite racon­ter une his­toire, comme le fait si bien le ciné­ma. Autre évi­dence de cette col­la­bo­ra­tion avec les Bri­tan­niques, un tra­vail gra­phique consé­quent qui donne tout au long du jeu le sen­ti­ment de se bala­der dans un tableau impres­sion­niste, les impres­sions et sen­sa­tions sub­jec­tives du quo­ti­dien de la Grande Guerre vue par les sol­dats embar­qués en son sein.

Si le jeu se concentre sur l’oppressante bana­li­té du quo­ti­dien mili­taire, il pro­pose aus­si des scènes ter­ribles, rare­ment mon­trées dans le média, à l’image de ce père qui rampe dans le no man’s land en fouillant les cadavres à la recherche de celui de son fils ou qui par­court un cime­tière en espé­rant ne pas décou­vrir sa tombe. De même, les moments où ce père écrit à sa jeune fille sont très réus­sis car ils confrontent le joueur au besoin de choi­sir le conte­nu de ces lettres, entre pieux men­songe et besoin d’authenticité. Seule limite du jeu, une vision dépo­li­ti­sée du conflit, sans évo­ca­tion du carac­tère social des mas­sacres qui a vu l’envoi mas­sif au front des classes popu­laires et l’écrasement auto­ri­taire des contes­ta­tions. Le paci­fisme de Memo­ries Retold demeure pré­cieux en ces temps bel­li­queux mais il eût gagné à évo­quer la richesse des cou­rants paci­fiques de l’époque. Au final, comme l’explique Oli­vier Deri­vière, com­po­si­teur de la musique du jeu : « Plus qu’un jeu sur la guerre, Memo­ries Retold est un jeu sur la paix ». Une paix pré­cieuse, payée très cher, et qu’il importe de célé­brer aujourd’hui.

Julien Annart


11-11 : Memories Retold
Développé par Digixart et Aardman studio
Bandai Namco Games, 2018

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