Déjà s’envole la fleur maigre

Paul Meyer

Déjà s’envole la fleur maigre, film emblé­ma­tique du ciné­ma social belge de par son his­toire et de par son conte­nu, est enfin acces­sible en DVD grâce au tra­vail de numé­ri­sa­tion et de res­tau­ra­tion de la Ciné­ma­thèque royale de Bel­gique. Dans ce film oscil­lant entre docu­men­taire et fic­tion, Paul Meyer, cinéaste belge enga­gé, décrit la véri­table situa­tion socio-éco­no­mique et les condi­tions de vie pré­caires des tra­vailleurs immi­grés dans le Bori­nage à la fin des années 1950, allant par consé­quent à l’encontre de la com­mande et des attentes ini­tiales de l’État belge ; ce qui vau­dra au film d’être boy­cot­té pen­dant 30 ans. La thé­ma­tique de l’immigration — sujet brû­lant d’actualité aujourd’hui — pré­oc­cu­pait donc déjà les artistes mili­tants de l’époque. En met­tant en lumière la vie quo­ti­dienne de mineurs immi­grés, pour la plu­part au chô­mage, Déjà s’envole la fleur maigre apporte non seule­ment un éclai­rage réa­liste par rap­port au contexte socio-éco­no­mique de l’époque, mais contri­bue aus­si à nous inter­ro­ger sur les inten­tions du gou­ver­ne­ment belge en matière de poli­tique d’immigration au fil de l’Histoire. De plus, en met­tant en scène la venue des familles de ces tra­vailleurs étran­gers sans emploi et en fil­mant les enfants jouant entre eux après l’école même s’ils ne parlent pas la même langue, le film ren­voie à un autre sujet au centre des débats actuels, celui de la poli­tique d’intégration. De par les thé­ma­tiques qu’il aborde, le film de Meyer reste très actuel, car si les Ita­liens, les Polo­nais, les Grecs de l’époque sont venus tra­vailler dans les mines belges dans l’espoir d’une vie meilleure, il convient de ne pas oublier que pour la plu­part des exi­lés, si les motifs et le contexte sont dif­fé­rents, il en va de même aujourd’hui.

Géraldine Cierzniewski

Déjà s’envole la fleur maigre
Paul Meyer
Cinematek, 2016
(Rééd. 1960)

 

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